1er Avril - 00:35 – TOKYO - japon

(Mais presque partout ailleurs sur la terre, on était encore le 31 Mars)

Le vol Japan Airlines JL003 avait décollé de New York à 22h30 le 30 mars. Il était censé atterrir à Tokyo à 01h35 du matin le 1er Avril, après 14h05 de vol.

Un vol qui partirait de Tokyo à 22 :30 le jour J « traverserait » tout le jour J + 1 (qui comme tous les jours dure 24h), et se poserait le jour J + 2 vers 01 :30, tout ça en 14h05 ! (Cela peut paraitre bizarre, mais c’est pourtant effectif. Voici le détail du calcul pour ceux que ça intéresse :

Départ : 22h30 (heure de New York) le 30 mars

• Durée du vol : ~14h05

• Fuseau horaire :

• New York : UTC−4 (heure d’été en mars)

• Tokyo : UTC+9

• ➡️ Décalage horaire : +13 heures

🧮 Étapes du calcul :

§ 22h30 + 14h05 = 12h35 (heure de New York) le 31 Mars

§ 12h35 (NY) + 13h de décalage = 01h35 (heure de Tokyo) le 1er avril.)

Il en était à plus de 13 heures 15 de vol, et à un quart d’heure d’initier sa descente vers l’aéroport d’Haneda.

C’était le copilote, Fuzi Hoka, une petite trentaine, environ cinq mille heures de vol, qui était aux commandes. Mais comme l’AFS (AFS (Auto Flight System) : le pilotage automatique.) était enclenché, il suffisait de surveiller les différentes indications fournies par les systèmes sur les écrans de contrôle.

Le commandant de bord, Hishihapo Sékako, la cinquantaine, près de vingt mille heures de vol et à deux ans de la retraite, assis sur le siège de gauche, était occupé à finir une grille de sudoku.

Faut bien trouver à s’occuper quand il n’y a rien à faire !

Bref, tout semblait normal.

A part que, Fuzi avait remarqué que depuis une heure environ, l’appareil avait tendance à monter lentement. Régulièrement, l’automatisme le ramenait à l’altitude programmée, à savoir FL370 (FL : Flight Level, altitude de vol, 370 pour 37000 pieds, un peu plus de 11000 mètres.).

A l’heure prévue, le copilote s’adressa au commandant :

· 機長、そろそろ降下を開始する時間だと思います。(Commandant, je pense qu’il est temps d’initier la descente)

· さあ、若い友よ!うまくやれるかな?(Allez-y mon jeune ami ! Vous allez savoir faire ?) rétorqua Sékako, sur un ton un rien ironique,

Le copilote ne répondit pas, légèrement contrarié qu’il devint, mais activa le mode « descente » via le FCU (FCU : Flight Control Unit ; l’interface de commande du vol).

Il jeta un coup d’œil sur l’indicateur V/S, il indiquait +30 ft/min (Indicateur V/S : Vertical Speed, Vitesse de montée (+) ou de descente (-) ; +30 ft/min : montée de 30 pieds par minute, soit environ 10m par minute). Surpris, Fuzi attendit une bonne dizaine de secondes, mais l’indicateur ne changeant pas, il décida de ré-entrer la commande dans le FCU.

Il contrôla différentes indications fournies par le système.

Tout était cohérent, mais le V/S continuait d’indiquer la même valeur.

Il attendit une demi-minute,

Puis il s’adressa humblement au commandant :

· 尊敬する司令官、この機種でこの手順は何十回も行ってきましたので、十分に理解していると確信しております。しかし申し訳ありません、彼は私の指示に従わず、降下しようとしません!(Vénérable commandant, j'ai déjà fait cette procédure des dizaines de fois sur ce type d'appareil, donc je suis sûr que je la connais bien, mais désolé, il ne suit pas mes instructions, il ne veut pas descendre!)

Note de l’Auteur (NDLA) : Bon, vous admettrez que si je continue d’écrire les dialogues en Japonais, et d’entrer toutes les actions de commande et de contrôle telles qu’elles doivent être faites sur un Airbus A350, ça va devenir légèrement lourdingue, non ?

Donc je vous propose « d’alléger » le récit, en écrivant les dialogues directement en français, et en simplifiant les actions des pilotes. En plus, ça m’arrange pour 2 raisons :

1. Je ne parle pas du tout le Japonais,

2. Je ne suis pas pilote, ni sur A350, ni sur aucun type d’avion !

En fait, je demande tout à COPILOT, l’IA de Microsoft, qui me renseigne gentiment pour toutes mes demandes, sans se lasser!

Donc… Comme vous ne répondez pas à ma proposition (j’ai attendu plus d’une minute !), je vais considérer que vous êtes d’accord, car c’est bien connu : « qui ne dit rien consent ! ».

C’est parti !

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Le commandant leva la tête de son sudoku et observa attentivement son copilote. Il s’interrogeait : « C’est bien un jeune con, mais bon, il dit qu’il connait bien son affaire ! Je vais faire semblant de le croire pour l’instant. Comme tous les jeunes qui ont fait des hautes études, il doit être susceptible ! Je vais éviter de le fâcher en ne lui demandant pas s’il ne se serait pas planté ».

- Mon jeune ami, j’imagine que vous avez l’espoir de devenir commandant un jour ou l’autre ? N’est-ce pas ?

- Euhhh… Peut-être … Mais il me faut encore beaucoup d’heures de vol !

- Bien sûr, mais ça viendra, ça viendra ! Alors considérez que vous êtes en situation. Faites comme si je n’étais pas là, et trouvez une solution à ce problème… Je vais en profiter pour aller faire un tour derrière.

Sans attendre de réponse, il se leva et quitta le cockpit.

Fuzi sentit une bouffée de chaleur qui lui montait aux tempes et au front. Il se parla tout bas :

- Il pense que je me suis planté ! Peut-être qu’il ne veut pas vérifier ou reprendre les commandes devant moi pour ne pas me vexer, et pour me laisser une chance de me rattraper. Pourtant je sais bien que j’me suis pas planté ! Bref, de toute façon, faut que j’arrive à faire descendre cet engin ! J’espère qu’ils n’ont pas foutu un nouveau logiciel ou une nouvelle fonction sans nous prévenir ces connards de chez Airbus, ce s’rait pas la première fois !

Bon je vais passer en manuel, et que ça lui plaise ou pas, il va bien falloir qu’il descende ce bordel !

Là-dessus, Fuzi passa en manuel.

D’abord il essaya doucement de commander une descente.

Peine perdue, l’avion resta au même niveau.

Alors Fuzi essaya une autre technique. Il réduisit la puissance des moteurs au minimum, espérant que l’appareil se mettrait en décrochage. Mais comme cela n’arriva pas, il sortit les spoilers (Les spoilers sont les volets situés aux bords arrière des ailes et qui sont déployés au moment de l’atterrissage, pour servir d’aérofreins.) progressivement, pour finalement atteindre le déploiement maximum.

Malgré toutes ces dispositions, l’A350 continua de planer sans perdre d’altitude.

Fuzi était plus que perplexe. Que se passait-il ? Même s’il était éventuellement pris dans des courants d’air ascendants, les plus de 200 tonnes que devait encore peser l’avion (malgré que 90% de carburant avait été consommé), il aurait dû plonger. Or il continuait de planer à la même altitude !

Fuzi s’énerva :

- Tu vas descendre espèce de saleté ?!

Alors Fuzi hésita quelques secondes, puis, vu l’entêtement de l’appareil, il tenta un piqué. L’appareil sembla s’incliner, et Fuzi, rassuré, s’esclaffa :

- Ah quand même, tu vas finir par t’incliner, maudite machine !

Mais le copilote se réjouit trop vite, car très vite le jet remonta au FL370.

- C’est pas vrai ! … Sale garce qui veut plus obéir ! … Si le commandant revient et que je n’ai toujours pas réussi à faire descendre cette merde, je serai déshonoré ! Va falloir que je me fasse harakiri, et j’ai pas pris mon wakizashi ! (Le sabre utilisé pour se faire harakiri )

Il eut à peine fini sa phrase, que le boss entra dans le cockpit et se remit à sa place.

- Alors mon jeune ami, où en est-on, je n’ai pas la sensation qu’on soit en train de descendre beaucoup, je me trompe ?

Fuzi était liquide. Dans un état d’excitation extrême, il suait comme un finaliste de Marathon.

Il bredouilla :

- Vé… Véné… Vénérable Commandant, je… je vous assure, croyez-moi je vous en supplie, j’ai tout essayé ! J’ai fini par passer en manuel, j’ai réduit les moteurs au minimum pour tenter un décrochage, j’ai déployé les spoilers, j’ai même tenté un piqué ! Rien n’y fait, je sais pas ce qui s’passe, elle veut pas descendre cette foutue récalcitrante machine !

Sékako contempla son copilote. Il se rendit compte qu’il était sérieusement affecté.

- Calmez-vous mon ami, il n’y a rien de grave… Vous ne vous offusquerez pas si j’essaie à mon tour ?

- Oh non vénérable Commandant ! Bien au contraire, je vous en prie, je suis impatient de prendre une mémorable leçon ! Et puis, sans vous presser, il faudrait faire vite maintenant parce que nous sommes très haut, et va falloir descendre très vite pour pouvoir nous poser à Haneda !

- Ne vous inquiétez pas mon ami, on va gérer, j’en ai vu d’autres vous savez ! dit Sékako avec l’assurance de celui qui sait…

Le commandant prit les commandes, et refit tout ce que Fuzi avait fait avant lui. En plus maitrisé, sans s’énerver, mais… sans plus de succès !

Rien n’y fit. L’A350 s’obstinait au FL370. Il avait même tendance à monter plus haut.

- Vous voyez Fuzi… Vous permettez que je vous appelle Fuzi ?

- Bien sûr honorable Commandant !

- Vous voyez cet appareil est quasi neuf ! C’est la toute dernière génération des plus sophistiqués des Airbus. Eh ben vous savez quoi ? Moi, j’avais pas trop envie de la passer la qualif pour le piloter ce bazar. Mais pour garder le meilleur salaire possible, et pour me garantir une retraite plus conséquente, j’ai accepté de le faire. Erreur fatale peut-être ?!

- Ah bon, et pourquoi vous n’aviez pas envie de passer cette qualif ?

- Trop de fonctions, trop de logiciels, trop d’assistances ! On pilote plus, on fait du monitoring, de la surveillance ! Cet appareil, on l’a rendu tellement sophistiqué, tellement élaboré, qu’il se croit plus intelligent que nous maintenant ! Il n’en fait plus qu’à sa tête ! Il n’obéit plus, et on ne peut même pas reprendre la main ! C’est lui qui décide ! à quoi ça sert de surveiller si on ne peut pas intervenir ? J’ai l’impression qu’il pense comme mon fils, et qu’il me dit : « Allez le vieux, coucouche panier ! Je gère ! ».

Un message du contrôle aérien se fit entendre :

- JL003, vous êtes trop haut, passez d’urgence en mode descente et rejoignez le niveau FL110.

Le Commandant répondit :

- Ici JL003 - Nous avons un problème, nous ne parvenons pas à descendre ! Nous investiguons !

- Ah ? Vous aussi !? Répondit le contrôle aérien

- Ici JL003 - Comment ça nous aussi ?

- Eh bien il y a plusieurs vols en approche qui ont signalé le même problème. Continuez d’essayer de votre côté, on revient vers vous dès qu’on a du nouveau.

- JL003 - Bien compris, mais faites vite, on va bientôt dépasser le dernier seuil de descente pour HND ! (Le code IATA de l’aéroport d’Haneda à Tokyo)

- Bien compris JL003. 

Fuzi fit une nouvelle proposition :

- Commandant, et si nous mettions au courant le deuxième équipage, ils doivent être réveillés maintenant. A quatre, on aura plus de chances de trouver une solution ? (Sur les vols long-courriers de plus de 13h30, la législation impose qu’il y ait 2 équipages qui se partagent le temps de vol. Ceux qui ne sont pas aux commandes se reposent.)

- Mais bien sûr, pourquoi pas ! De toutes façons faut les mettre au courant. Sauf que d’après ce que vient de nous dire le contrôle aérien, il semblerait que le problème ne soit finalement pas lié à l’avion ! Vu que d’autres vols sont dans la même situation… Mais faites, allez les chercher ! Plus on est de fous, plus on rit, et moins y’a de riz !

Fuzi ne répondit rien. Il goûtait mal l’humour du Commandant, surtout dans ces circonstances. Il se leva et partit mander l’autre équipage.

Ce qui ne servit à rien !

L’avion refusa obstinément de descendre !

Et même, il commença de monter… Plus haut… Encore plus haut… Toujours plus haut…

                                                                                                      *

                                                                                                   *     *

Des avions qui ne voulaient plus redescendre… Seulement monter !

En fait, le 1er avril, le problème survint dans tous les pays du monde, simultanément, pour tous les avions volant à plus de dix mille mètres d’altitude, qui tentaient désespérément de descendre vers leur aéroport de destination !

La généralisation du problème sur l’ensemble de la planète ne fut pas comprise tout de suite.

Dans chaque aéroport, on pensa d’abord qu’il s’agissait d’un problème qui concernait UN avion, puis bizarrement plusieurs… Puis qu’il s’agissait vraisemblablement d’un problème local, puis… national ! Après environ 2 heures on comprit qu’il était international, et peu de temps après on réalisa qu’il était finalement planétaire !

ENVOLS ETERNELS :
Le chapitre 2

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